Dette intérieure fictive au Gabon : Dieudonné Minlama Mintogo demande des sanctions contre les entreprises indélicates

Le président d’Ensemble pour la République, Dieudonné Minlama Mintogo © DR


Le président d’Ensemble pour la République (EPR, centriste) demande au gouvernement de trainer devant les tribunaux les opérateurs économiques qui ont allégués de créances sur l’Etat en réalité purement fictives. Les deux tiers de la dette intérieure audités jusque-là par la taskforce mise en place en juin dernier se sont en effet révélés fictifs, soit 241 milliards de FCFA au total. La somme est telle qu’elle laisse penser à l’existence d’un vaste réseau d’escroquerie sur le dos de l’Etat avec, peut-être, la complicité des organisations patronales. 

« Pour plus de transparence dans la gestion des deniers publics et la manifestation de la Justice, j’exige des autorités la publication de la liste des entreprises concernées et l’engagement des poursuites judiciaires à leur encontre », a tonné Dieudonné Minlama Mintogo, rappelant au passage la doctrine présidentielle de la « tolérance zéro » en matière de détournement de deniers publics.

Par surcroît, le président d’Ensemble pour la République (EPR, centriste) « demande à la Présidence de la République de renforcer les procédures de passation des marchés publics et de suivi dans la mise en œuvre ».

Des propos qui interviennent quelques jours seulement après la révélation des premières conclusions de la taskforce sur la dette intérieure mise en place en juin dernier à la demande du président de la République, Ali Bongo Ondimba.

Une proportion astronomique de dette fictive, validée à tort par le FMI

Celles-ci sont accablantes. Elles font en effet apparaître clairement et sans l’ombre d’un doute possible, compte tenu de la méthodologie rigoureuse qui a été suivie, que sur le stock de dette intérieure revendiqué déjà audité – soit 370 milliards de FCFA -, le montant des créances fictives s’élève à 241 milliards de FCFA, soit 70 % ! Une proportion proprement astronomique.

Là où l’affaire prend un tour encore plus aberrant, c’est que le FMI, a la demande du gouvernement du Gabon qui avait des doutes sur la réalité de ces dettes, avait diligenté, via le cabinet international Price Waterhousecoopers, un audit qui avait conclu à la réalité de ces créances. Problème : PWC n’a travaillé que sur pièces, c’est à dire sur la base d’éléments comptables, sans prendre la peine d’aller vérifier sur place de la réalité des contreparties.

Face au scepticisme qu’a suscité les conclusions de cet audit chez les autorités gabonaises, celles-ci ont pris la décision de mettre sur pied en juin dernier une taskforce composée de ses meilleurs experts pour réaliser un contre-audit, beaucoup plus poussé, avec examen des pièces comptables mais également vérification sur place (sur le terrain).

C’est alors que le pot-aux-roses a été découvert, la supercherie mise à jour. « En clair, des entreprises privées ont voulu se sucrer sur le dos de l’Etat, c’est à dire du contribuable », commente un proche du dossier. Passation de marché de gré à gré, et non via la procédure de marché public, par des autorités qui n’en avaient pas le pouvoir, surfacturation, travaux non exécutés ou inachevés, absence de documents relatifs aux travaux réalisés ou aux marchés attribués en bon et due forme… la liste des malversations est particulièrement longue.

Si longue que nombreuses sont les voix, à l’instar de Dieudonné Minlama Mintogo, à s’élever pour demander aujourd’hui des comptes. Elles demandent non seulement que la liste des entreprises indélicates, pour ne pas dire franchement véreuses, soit rendue publique mais également que des sanctions, administratives ou pénales, soient prononcées à l’encontre de celles-ci.

Le montant de la fraude est tel que beaucoup aujourd’hui pointent du doigt l’attitude du patronat, en particulier de ses deux principales organisations : le Conseil du Patronat gabonais (CPG) et le Conseil gabonais du patronat (CGP). Nombreux sont ceux aujourd’hui à assimiler le silence qu’elles observent au mieux à une légèreté coupable, au pire à un aveu de complicité (lire notre article).

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