Comment le Gabon, sous la férule de Rose Ossouka Raponda, entend renouer avec la croissance dès 2021

Après une légère récession attendue à -0,8 % en 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, le Gabon entend bien renouer avec la croissance dès 2021. L’objectif a été fixé entre +2 et 3 % du PIB par le premier ministre Rose Christiane Ossouka Raponda. Pour y parvenir, cette économiste chevronnée, qui jouit de la confiance du président Ali Bongo Ondimba, a dévoilé son plan lors de son discours de politique générale devant les députés vendredi 4 septembre dernier. 

En présentant son programme de politique générale du gouvernement, le 4 septembre à l’Assemblée nationale, le nouveau premier ministre s’est montrée résolument optimiste, présentant des perspectives rassurantes pour l’économie gabonaise l’année prochaine après la récession observée en 2020 en raison de la pandémie du coronavirus qui a fait baisser le cours des matières premières et réduire la demande internationale.

Vendredi dernier, le chef du gouvernement a annoncé le retour de la croissance au Gabon dès 2021 dans une fourchette se situant entre entre 2 et 3 %, contre -0,8% en 2020 à cause de l’impact de la pandémie de Covid-19. « L’enjeu pour notre Gouvernement, au-delà de la forte contrainte budgétaire, est de faire repartir les activités », a-t-elle martelé.

Financements innovants et additionnels

Pour retrouver le chemin de la croissance, Rose Christiane Ossouka Raponda, une économiste chevronnée, a indiqué que la forte contrainte budgétaire oriente le Gabon vers des solutions impliquant la mise en oeuvre de financements innovants afin de s’aménager des marges de manœuvre. « L’effet d’éviction exercé par les dépenses salariales et le règlement du service de la dette sur l’investissement public nous oriente vers cette voie », a-t-elle déclaré.

Coup de fouet au secteur agricole…

En matière agricole, un secteur très intensif en main d’oeuvre et en capital, le premier ministre a fait savoir qu’un soutien actif sera apporté à la production agricole locale afin de la faire participer aux efforts de relance et d’améliorer la sécurité alimentaire du pays. A cet effet, l’Etat a réservé 50 000 ha de terres cadastrées dans des zones agricoles à forte productivité (ZAP), situées à proximité des voies d’évacuation, dans les localités d’Andem, de Kango, de Bifoun, d’Idemba et de Mboukou, a souligné le premier ministre.

… de la pêche…

En ce qui concerne la pêche, l’un des principaux secteurs économiques au Gabon hors-matière et lui aussi fortement pourvoyeurs d’emplois comme l’agriculture, cinq centres de débarquement de produits de pêche sont en cours de construction à Cocobeach, Franceville, Mouila, Makokou et Mayumba. De plus, la mise en œuvre du projet de débarquement des produits de la pêche industrielle, par une restructuration du nouveau port d’Owendo afin qu’il devienne un hub pour la pêche du thon, s’inscrit aussi dans cette logique. Enfin, il y a la volonté d’industrialiser le secteur. « Le thon consommé au Gabon doit être péché et mis en boite au Gabon, et non plus exporté de façon brute pour être au final réimporté en produit comme aujourd’hui », a déclaré il y a quelques semaines lors d’un Facebook live le porte-parole de la Présidence, Jessye Ella Ekogha.

… et du bois

Dans le secteur du bois, la politique de transformation et de développement durable du secteur sera poursuivie et intensifié. Les objectifs en la matière sont ambitieux. Comme l’a rappelé le président de la République, Ali Bongo Ondimba, dans son discours du 16 août dernier, le secteur devrait créer 30 000 emplois en trois ans. Et dans dix ans, l’exploitation durable du bois devra se substituer en termes d’apport au PIB au secteur pétrolier dont l’exploitation, polluante au demeurant et faiblement créatrice de valeur ajoutée localement, a vocation à s’éteindre. Des objectifs d’autant plus réalistes que le Gabon est en passe d’imposer une troisième transformation des grumes sur place avant de pouvoir les exporter. Une décision qui permettra l’émergence d’une industrie de la fabrication de meuble au Gabon.

Multiplication des zones économiques spéciales

En outre, considérant le succès enregistré durant cette décennie par la Zone économique de Nkok, notamment en ce qui concerne la transformation du bois au niveau local, deux nouvelles zones économiques spéciales seront mises en place à Lambaréné, pour le bois, et Franceville, pour l’agriculture et les plantations d’arbres dans le cadre de la politique de reboisement. Ces projets d’envergure, qui bénéficieront de l’accompagnement de la Gabon Special Economic Zone (GSEZ), permettront de créer près de 5000 emplois, sur les douze prochains mois.

Emergence d’un tourisme vert et haut-de-gamme

En ce qui concerne le tourisme, un secteur sur lequel le Gabon a, de l’avis des spécialistes, un énorme potentiel encore insuffisamment exploité, la stratégie du gouvernement de Rose Christiane Ossouka Raponda repose sur l’identification d’opérateurs en vue de nouer des partenariats pour développer l’écotourisme et proposer ainsi une nouvelle offre touristique. L’idée est de se positionner sur un tourisme haut-de-gamme et respectueux de l’environnement. Une niche pour laquelle le Gabon a beaucoup d’atouts. La mise en œuvre d’une telle stratégie a vocation à générer de nombreux emplois, le secteur des services étant lui aussi fortement pourvoyeur d’emplois.

L’eau et l’électricité, l’autre priorité

Dans le secteur de l’eau et de l’énergie, des projets de barrages hydroélectriques sont en cours de lancement, comme l’a rappelé le premier ministre. Il s’agit notamment du barrage de Kinguélé Aval (livré d’ici la fin de l’année 2020), du barrage de Ngoulmendjim et celui de Dibwangui (dont la date de livraison est prévue, pour les deux, en 2021). A eux trois, ces trois projets vont générer 2350 emplois et augmenter l’offre en électricité de plusieurs provinces. De quoi soulager les habitants qui seront mieux alimentés, mais également les entreprises qui verront leur productivité sensiblement augmentée.

Dans le même esprit, avec comme partenaire Gabon Special Economic Zone (GSEZ), le gouvernement poursuit la construction et la réhabilitation de près de 750 kilomètres de lignes électriques de moyenne et basse tension sur les axes Kango-Bifoun-LambarénéFougamou-Mouila et Oyem-Bitam-Okok-Batouri.

Réduction des inégalités entre l’urbain et le rural

Ce programme global de développement des infrastructures électriques, qui offre une capacité additionnelle de 17 mégawatts, aura un impact sur plus de 150 villages et 40 000 foyers, a indiqué le premier ministre. Il permettra à court et à long terme de dynamiser le développement économique dans ces localités. C’est pourquoi le gouvernement veille à la bonne exécution dans les délais convenus de ces projets.

De même, la mise en œuvre des projets d’électrification rurale en vue de résorber les disparités d’accès aux services d’électricité entre le milieu urbain et la zone rurale va s’intensifier. Cette politique est incarnée par des projets d’extensions et de densification des réseaux électriques qui seront conduits, entre autres, dans les provinces de l’Estuaire, du Haut Ogooué, de la Ngounié et du Woleu-Ntem. Au total, 320 kilomètres de lignes moyenne et basse tension sont prévus à cet effet. Les travaux seront lancés au cours du dernier trimestre de l’année.

Le paquet mis sur la formation des jeunes

Enfin, la formation est l’un des axes majeurs sur lequel le premier ministre compte se reposer pour favoriser l’emploi et lutter contre le chômage, celui des jeunes en particulier. En effet, faute de main d’oeuvre qualifiée, nombreuses sont les PME gabonaises à être freinées dans le développement de leurs activités.

Pour y remédier, Rose Christiane Ossouka Raponda a énoncé dans sa déclaration de politique générale une série de dispositifs : réforme de l’Agence Nationale de Formation et de Perfectionnement Professionnels (ANFPP), création de nombreux établissement de formation professionnels (dans le secteur de la santé, du bois, etc.), révision et harmonisation des curricula et des parcours de formation, etc. Il s’agit désormais de donner la priorité à la formation technique et professionnelle qui débouche sur de vraies possibilités d’emplois au détriment de l’enseignement général, déconnecté des besoins réels de l’économie et devenu de fait au fil du temps une fabrique à chômeurs.

L’optimisme d’Ossouka Raponda est un réalisme

C’est cet ensemble de mesures qui, additionnées les une aux autres et auxquelles viennent s’ajouter celles – nombreuses – concernant la réforme de l’Etat, permettra d’accélérer la diversification de l’économie gabonaise, la rendre moins dépendante des matières premières, dynamiser la croissance, augmenter son coefficient d’inclusivité (c’est à dire sa capacité à créer des emplois) et, in fine, de donner au pays les marges de manœuvre budgétaire suffisantes pour lui permettre progressivement et dans les meilleures conditions de rembourser une dette, qui au demeurant reste contenue et parfaitement soutenable.

Autant d’éléments qui expliquent que l’optimisme affiché par Rose Christiane Ossouka Raponda tire en réalité davantage du réalisme.

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