Pourquoi la nomination de Liliane Massala au poste d’ambassadeur du Gabon en France est perçue par Paris comme un « excellent signal »

C’est une femme très expérimentée qu’a choisi le président Ali Bongo Ondimba pour être le nouvel ambassadeur du Gabon en France et auprès de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Nommée ce jeudi 3 septembre en conseil des ministres, Liliane Massala remplace à ce poste considéré comme le plus prestigieux de la diplomatie gabonaise Flavien Enongoue qui l’occupait depuis février 2017. Déjà, sa nomination est perçue par la France comme un « excellent signal ». Explication. 

The right woman at the right place, aurait-on pu dire dans la langue de Shakespeare. Mais c’est bien dans le pays de Molière qu’elle devra bientôt s’installer.

Ce jeudi 3 septembre, Liliane Massala a été nommée ambassadeur du Gabon en France et auprès de l’OIF, avec résidence à Paris. Pour cette femme, née en 1963, c’est la consécration d’un parcours hors-norme. « C’est l’un des meilleurs talents de notre République », exulte l’un des conseillers du président Ali Bongo Ondimba avec lequel elle a travaillé durant trois années.

« C’est un signal fort envoyé en faveur de la parité (Liliane Massala n’est que la troisième femme à occuper ce poste après Honorine Dossou Naki [1994-2002] et Félicité Ongouori Ngoubili [2008-2011], NDLR) mais également de l’égalité des chances car le parcours de Liliane, qui a été adoptée et naturalisée, n’a pas toujours été, loin de là, un long fleuve tranquille. Elle a dû beaucoup se battre pour réussir », complète celui-ci qui, « par pudeur » explique-t-il, ne souhaite pas s’étendre sur le sujet.

Titulaire d’un Master in Business administration (MBA) délivré par la prestigieuse Université de Montréal au Québec, celle qui était jusqu’à présent (et depuis 2014) secrétaire général du ministère de la Communication a gravi un à un les échelons de l’administration dont elle connait tous les rouages sur le bout des doigts. Auparavant, de 2012 à 2014, Liliane Massala a occupé les mêmes fonctions de secrétaire général au ministère de la Famille et des Affaires sociales. Des postes qui lui ont donné une connaissance intime et exhaustive du fonctionnement de l’appareil d’Etat mais également du pays profond.

Solide expérience en matière internationale

Mais c’est avant tout aux questions internationales que cette femme, à la solide réputation de stakhanoviste, voue une prédilection. « Elles ont toujours été son violon d’Ingres », confesse l’un de ses proches. Et de l’expérience en la matière, Liliane Massala en a à revendre. La toute nouvelle ambassadeur du Gabon en France a en effet successivement occupé le poste de conseiller adjoint à la Présidence de la République (1987-1989), avant d’être nommée conseiller personnel du président de la République (1989-2007), puis directeur de cabinet adjoint du président de la République, chargée des Affaires africaines et internationales (2007-2009) et conseiller du président de la République, affecté au Département des Affaires internationales (2009-2012).

Jusqu’à sa nomination ce jeudi 3 septembre, Liliane Massala était secrétaire générale au ministère de la Communication et de l’Économie numérique. Un ministère qu’elle n’a pas quitté depuis son départ du secrétariat général du ministère de la Famille et des Affaires sociales (2012-2014). Depuis 2012 en effet, Liliane Massala, connue par ailleurs comme la promotrice de l’Académie franco-américaine de management (Afram) et de l’Institut international d’enseignement et de formation avancés (IIEFA) spécialisé dans les métiers du numérique, a passé huit années comme secrétaire générale des ministères.

Des expériences sur lesquelles cette polyglotte, férue de littérature et de grande culture, pourra s’appuyer dans ses nouvelles fonctions, prestigieuses s’il en est. « L’ambassade du Gabon en France est considérée comme l’une, et peut-être la plus importante de toutes », explique un ancien ministre gabonais des Affaires étrangères.

D’emblée au Quai d’Orsay, le ministère français des Affaires étrangères, on s’est réjoui de cette nomination. « Elle est jeune d’esprit. Elle est compétente et c’est une femme », se félicite un diplomate de la Direction Afrique du « MAE » qui résume le sentiment général de la maison. Selon elle, « cette nomination illustre notamment le fait que la politique volontariste mise en oeuvre depuis 2015 au Gabon en faveur de la promotion des femmes aux plus hautes fonctions publiques porte ses fruits » (le président Ali Bongo Ondimba a décrété les années 2015-2025 décennie de la femme).

De fait, cette nomination intervient un mois et demi après celle de Rose Ossouka Raponda comme chef du gouvernement. Elle est la première femme à occuper un tel poste. « Sachant qu’au Gabon, ce sont également des femmes qui occupent la présidence du Sénat ou encore de la Cour constitutionnelle, deux des postes les plus importants du pays, cela commence à devenir très intéressant », confie cette diplomate, spécialiste du continent africain, qui se dépeint comme « une féministe ouverte mais convaincue » et qui est intarissable sur les liens entre promotion des femmes et développement.

Mais outre la personnalité de l’impétrante qui séduit beaucoup, l’enthousiasme du côté français s’explique en grande partie par des raisons de fond. « Sa perception des relations internationales, en particulier de ce que doivent être les liens entre la France et le Gabon en 2020, est peut être davantage encore en phase, pour autant qu’on le sache, avec notre ligne. C’est aussi sans doute une question de génération », avance, avec toute la prudence et les précautions requises, un haut-diplomate français.

Net réchauffement entre Libreville et Paris

De bon augure a priori pour les relations entre le Gabon et la France. Des relations qui se sont très nettement réchauffées ces dernières années.

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, Paris a décidé de remettre à plat ses relations avec Libreville, exécrables sous le mandat de François Hollande (2012-2017). Le jeune président français, qui entend nouer une relation décomplexée avec l’Afrique, dépouillé de ses oripeaux coloniaux, s’est entretenu à de multiples reprises avec son homologue gabonais, Ali Bongo Ondimba, physiquement lors de ses déplacements internationaux (à Paris, en Mauritanie, en Inde…), mais également depuis 2019, à plusieurs reprises toujours, par téléphone.

M. Macron n’a jamais manqué une occasion d’afficher publiquement son soutien au numéro un gabonais. En mars 2019, alors que le président Ali Bongo était en convalescence suite à un AVC survenu quelques mois plus tôt, Emmanuel Macron, en déplacement à Nairobi au Kenya, avait lâché au ministre Franck Nguema venu le saluer : « on est avec lui, vous lui dites » .

« Les deux présidents s’apprécient. Ils partagent plusieurs centres d’intérêt en commun, dont le football et l’Histoire. Leurs relations interpersonnelles sont très bonnes », avait indiqué en 2018 un haut-diplomate français. « Ce sont deux personnalités pragmatiques », avaient alors confié, de son côté déclaré, une source gabonaise.

En janvier dernier, Emmanuel Macron avait dépêché à Libreville l’un des ministres dont il est le plus proche, Jean-Baptiste Lemoyne, afin de remettre en main propre au président gabonais une invitation au Sommet Afrique-France, initialement prévu en juin 2020 mais finalement reporté pour cause de Covid-19.

En outre, la normalisation, actée en décembre 2019, des relations entre l’Union européenne et le Gabon, qui referme une parenthèse d’incompréhensions mutuelles ouverte à l’issue de l’élection présidentielle gabonaise d’août 2016, doit beaucoup à l’implication de Paris auprès des instances bruxelloises.

La France doit désormais jouer des coudes au Gabon

Du côté de Paris, ce réchauffement est aussi une question de réalisme. La France a besoin du soutien du Gabon sur deux sujets qu’elle considère comme prioritaires : la lutte contre les changements climatiques dans laquelle Libreville est leader en Afrique et la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière. Le Gabon compte l’une des armées les plus professionnelles sur le continent africain. Un atout majeur aux yeux de Paris alors que l’Afrique est en proie, par endroits, à une entreprise de déstabilisation menée par des groupes armés terroristes.

En outre, sur le plan économique, un autre aspect important, la France sait qu’elle doit désormais jouer des coudes pour se faire une place au Gabon. En dix ans, les parts de marché des entreprises tricolores dans le pays ont été divisées par deux, passant de 50 % en 2009 à 28 % aujourd’hui.

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