Pourquoi le sondage Gallup sur le sentiment d’insécurité fait sourire au Gabon

Dans son rapport annuel « Global Law and Order », l’Institut Gallup classe le Gabon à la 3ème place mondiale et au 1er rang des pays africains où la population se sent le plus en danger. Un classement à la méthodologie douteuse qui donne des résultats très éloignés de la réalité.

Il ne faut rien y connaître à l’Afrique et n’avoir jamais mis les pieds de sa vie pour le croire.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, dans son dernier rapport annuel « Global Law and Order », l’Institut Gallup classe le Gabon à la 3ème place mondiale et au 1er rang des pays africains où la population se sent le plus en danger avec un score global de 53 points sur 100.

A en croire cet Institut de sondage, sur les 1,8 million d’habitants que compte le Gabon, seuls 35 % font confiance à police nationale et ont déclaré se sentir en sécurité dans le pays lorsqu’ils marchaient seuls la nuit dans leur ville. Les 65 % restant éprouveraient de la méfiance à l’égard de leur police.

Des résultat pour le moins surprenants. Comment raisonnablement penser que le Gabon, pays reconnu pour sa stabilité, soit réputé plus dangereux que des pays comme le Mexique, le Brésil ou la Colombie ? Ou, en Afrique, que le Centrafrique, la RDC ou l’Afrique du Sud (pourtant réputée pour son tôt très élevé de criminalité) ? Tout simplement inimaginable.

Une méthodologie stupéfiante

Pour ce professeur de droit pénal, l’un des plus grands criminologues français, enseignant à l’Université Paris II – Panthéon Assas, « ce genre de sondage n’a aucune valeur scientifique ». Son analyse est particulièrement éclairante. « Tout d’abord », dit-il, « il faut garder à l’esprit que ce genre d’enquête ne mesure pas une donnée objective – l’insécurité réelle – mais subjective – le sentiment d’insécurité, ce qui est radicalement différent. Ensuite, on constate souvent un biais dans ce genre d’enquête », ajoute-t-il. « A l’exception des pays qui sont les plus sûrs, comme la Norvège ou la Suisse, on constate que ce sont dans ceux où la population est le plus en sécurité que la demande de sécurité est forte et que, partant, le sentiment d’insécurité est le plus répandu. C’est assez contre-intuitif mais ça se vérifie toujours », avance cet éminent criminologue.

Enfin, l’universitaire nous invite à regarder de plus près la méthodologie adoptée pour réaliser cette enquête. Nous rouvrons alors le document et c’est alors que nous tombons des nues. « L’enquête Global Law and Order 2019 est fondée sur les données collectées par Gallup à travers les différentes réponses aux questions posés par téléphone ou en face-à-face à près de 152.000 personnes adultes dans 142 pays », peut-on lire en page une. Au Gabon, 1.000 personnes tout au plus ont donc été interviewées. Sur quels critères de représentativité dans un pays où les sondages ont une valeur très approximative ? Nul ne le sait. De quoi rester pantois.

« On est beaucoup plus en sécurité dans les rues de Libreville qu’à Paris »

« Voyez ce que je vous disais », fait observer l’universitaire. « Ce genre d’études n’ont en réalité d’autre objet que de faire à peu de frais de la publicité aux instituts de sondage. Mais, je vous le répète, ça n’a aucune valeur scientifique. Et si je peux vous rassurer, on est beaucoup plus en sécurité dans les rues de Libreville qu’à Paris », sourit-il, faisant remarquer, la mine plus grave que « les crimes de sang et les agressions physiques gratuites y sont bien plus nombreux»

Ces enquêtes ont aussi apparemment une autre vertu : au Gabon, la presse d’opposition s’en est aussitôt emparée pour critiquer le bilan sécuritaire du gouvernement.

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